
Des pavés béton à base de coquilles Saint-Jacques : le menu économie circulaire d’Alkern
La coquille Saint-Jacques : une ressource optimale
Au cœur de sa démarche d’économie circulaire, Alkern souhaitait concevoir un nouveau pavé drainant, plus durable. Pour y parvenir, l’entreprise a cherché une ressource alternative à intégrer dans sa formulation et s’est tournée vers les déchets de coquilles Saint-Jacques, qui représentent plusieurs milliers de tonnes chaque année en France. Ces déchets présentent en effet le profil idéal pour créer une boucle d’économie circulaire : ils se renouvellent chaque année en grande quantité et conservent une qualité constante dans le temps.
Alkern a ainsi réussi à développer un nouveau produit en remplaçant une partie des granulats naturels non renouvelables par des déchets de coquilles broyées, à raison de 30 kg/m². Le béton obtenu présente un aspect visuel original, légèrement iodé. Résistant et poreux, il est parfaitement adapté à un usage urbain, que ce soit pour des voiries destinées aux véhicules légers, des zones piétonnes, des esplanades ou tout lieu de "vie".
Pour parvenir à ce résultat, les coquilles sont d’abord laissées plusieurs semaines en phase d’inertage, durant laquelle elles sont naturellement nettoyées par les oiseaux et la pluie. Elles sont ensuite broyées par des entreprises locales en différentes moutures, destinées aussi bien aux acteurs du BTP comme Alkern qu’à d’autres secteurs, notamment la cosmétique.
On le voit, plusieurs boucles d’économie circulaire se sont ainsi mises en place autour du déchet de la coquille Saint-Jacques. Stable, 100 % naturelle et recyclable, cette ressource présente de nombreux atouts. La coquille, tout comme le béton, est un matériau inerte qui n’impacte pas le cycle de l’eau. Les pavés-coquillage sont donc entièrement recyclables.
Des pavés drainants pour répondre aux enjeux du changement climatique
Le pavé-coquillage a été conçu pour répondre à deux enjeux de plus en plus prégnants avec l’accélération du changement climatique : les inondations et les îlots de chaleur en milieu urbain.
Grâce à sa forte porosité, il permet de capter les eaux pluviales directement à l’endroit où elles tombent et de créer des surfaces perméables. Or, c’est bien l’imperméabilisation des sols qui accentue les phénomènes d’inondation. En favorisant l’infiltration naturelle de l’eau, le pavé-coquillage joue ainsi un rôle de régulateur, avec un coefficient de perméabilité mesuré par le CERIB de 106,2 L/min/m².
Il a par exemple été installé dans une rue d’Orléans régulièrement recouverte de flaques d’eau, notamment les jours de marché. Christophe Lagrange revient sur la spécificité du projet :
« La ville nous a demandé de créer un pavé-coquillage de la même couleur que la pierre de Souppes, utilisée dans ce quartier aux teintes rose-orangé. C’est l’une des forces de l’industrie du béton préfabriqué : pouvoir jouer avec les teintes. Nous avons identifié des granulats naturels correspondants et les avons mélangés à la coquille Saint-Jacques. » Résultat : un aménagement à la fois esthétique et fonctionnel, où les flaques d’eau ont tout simplement disparu.



Le pavé-coquillage : un produit qui séduit et sensibilise à l’économie circulaire
Le pavé-coquillage a été lancé en 2018 dans deux usines d’Alkern maîtrisant les procédés de fabrication de béton poreux. L’accueil du marché a été positif, comme en témoigne Christophe Lagrange : « La bonne nouvelle, c’est que l’on constate une montée en puissance de la compréhension des enjeux de l’économie circulaire chez nos clients. »
Même si le pavé-coquillage reste un produit haut de gamme — son coût est plus de deux fois supérieur à celui d’un pavé drainant 100 % béton — il joue malgré tout aussi un rôle de produit d’appel. « Il arrive que des clients nous contactent pour le pavé-coquillage et optent finalement pour un produit drainant plus abordable. Ce n’est pas un problème : le pavé-coquillage sert aussi de vitrine pour sensibiliser à l’économie circulaire », explique Christophe Lagrange.
Un produit qui fait donc parler de lui, avec un marché en développement et des demandes en hausse chez Alkern, même s’il demeure encore un produit de niche, représentant moins de 5 % de l’activité de l’entreprise.
Le conseil pour se lancer dans l’économie circulaire
Face à l’épuisement progressif des carrières de granulats, Christophe Lagrange insiste sur l’importance d’identifier de nouvelles sources d’approvisionnement afin de limiter l’impact sur cette ressource et de créer de nouvelles boucles d’économie circulaire. Son conseil se veut à la fois pragmatique et réaliste : « Il ne faut pas avoir peur de se lancer, tout en gardant à l’esprit que tout ne pourra pas se faire rapidement. Trouver une nouvelle source d’approvisionnement durable demande du temps et du travail. Mais s’engager sur ces sujets permet d’anticiper l’avenir. »
Il croit au développement de multiples boucles d’économie circulaire sur l’ensemble du territoire, capables de créer des dynamiques vertueuses à grande échelle.


