Économiser l’eau grâce à des liants naturels

Bonifay est un groupe familial implanté dans le Var depuis 1946. Carrier, armaturier et préfabricant, il est aujourd'hui un acteur incontournable des matériaux de construction dans la région PACA. Le groupe compte 340 collaborateurs répartis sur 14 agences en libre-service, 3 centrales à béton, 4 usines dont 3 spécialisées dans la préfabrication de planchers, d'agglomérés et d'éléments en béton, une carrière à Saint-Baillon et une flotte de 100 camions.
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Présent dans la préfabrication béton depuis 1962, Bonifay a su faire de cette longévité un levier d'innovation : le groupe propose aujourd'hui des formulations à empreinte carbone réduite et à faible consommation d'eau.

Des formulations bas carbone, économes en eau

Depuis une vingtaine d'années, Bonifay développe des formulations bas carbone en substituant une partie du clinker par des liants alternatifs. Le principe repose sur un dosage optimisé de plusieurs matériaux — laitier, pouzzolane, fillers calcaires, cendres volantes — qui permettent de limiter le recours au clinker, dont la cuisson à haute température est une source majeure d'émissions de CO₂. Ces matériaux d'origine naturelle ou industrielle présentent une porosité moindre, ce qui réduit le temps de prise du béton et, mécaniquement, sa consommation en eau. Le groupe parvient aujourd'hui à formuler des blocs avec jusqu'à 50 % de laitier en substitution du ciment.

Les bénéfices dépassent le seul volet environnemental. « On s'aperçoit qu'on obtient de bien meilleures caractéristiques techniques, économiques et financières et donc RSE. Il y a une amélioration de tous les paramètres », souligne Jean-Joël Rouillé, Directeur général du groupe.

Pourquoi remettre en question une méthode qui fonctionne ?

Repenser ses formulations peut sembler contre-intuitif lorsque les processus en place donnaient pleine satisfaction. Pourtant, chez Bonifay, cette démarche s'est inscrite dans une réflexion industrielle globale : améliorer la qualité des produits sans sacrifier les volumes ni les objectifs commerciaux. Les bétons de nouvelle génération affichent en effet des performances techniques supérieures aux formulations antérieures, notamment en termes de résistance mécanique et de durabilité.

La galerie paravalanche de la Marionnaise à Briançon en est une illustration concrète. Pour cet ouvrage récemment allongé et élargi situé à 2 000 mètres d'altitude, Bonifay a mis en œuvre une formulation inédite : 50 % CEM II à base de liant pouzzolanique et 50 % de laitier. C'est la première fois qu'un tel mélange est utilisé dans un ouvrage soumis à des cycles de gel-dégel sévères.


Conduire la transformation en interne

La transition n'a pas été sans difficultés. Diversifier les composants des liants a impliqué de multiplier les chaînes d'approvisionnement. Les bétons bas carbone, plus collants et difficiles à manipuler, ont nécessité d'adapter les processus de mise en œuvre et de convaincre les équipes de production de faire évoluer leurs pratiques. « Mettre en place des processus d'économie et de recyclage de l'eau a représenté autant de travail que créer une nouvelle production à partir de produits neufs », reconnaît Jean-Joël Rouillé. La démarche a également mobilisé des ressources importantes en R&D et en analyse des besoins à chaque niveau de la chaîne. Pour accompagner cette transformation industrielle et organisationnelle, Bonifay s'est fait accompagner, notamment par le CERIB.

Économiser l'eau sous toutes ses formes

Au-delà des formulations bas carbone qui permettent une diminution de la consommation d’eau par rapport aux solutions 100% clinker, Bonifay a déployé un ensemble de solutions pour réduire, recycler et valoriser l'eau sur ses sites de production.

Des citernes ont été installées pour collecter les eaux de pluie et éviter leur contamination par les poussières des sites avant rejet dans les exutoires pluviaux. L'eau utilisée dans la production est fortement chargée en matières recyclées, car elle est en partie issue du lavage des équipements et malaxeurs. Sur certains sites, le groupe a accès à des ressources alternatives comme le Canal de Provence, en complément des prélèvements en nappe. Jean-Joël Rouillé souhaiterait même aller plus loin en réutilisant les eaux issues des stations d'épuration : aujourd'hui rejetées en milieu naturel après traitement, elles pourraient être utilisées à des fins industrielles.

L’amélioration de la gestion de l’eau porte aussi sur des aspects plus opérationnels : les voies des usines sont désormais balayées à sec avec aspiration et non plus arrosées, et les espaces verts ont été remplacés par des massifs paysagers adaptés aux conditions méditerranéennes, avec paillage systématique pour minimiser l'irrigation.

Bonifay illustre ainsi qu'une gestion rigoureuse de la ressource en eau peut être pleinement intégrée à une stratégie industrielle à grande échelle en faisant de la contrainte environnementale un levier de performance globale.