Quésako : les principaux risques santé et sécurité de la préfabrication béton

Chutes, manutentions, circulation d'engins, poussières… Les métiers de la préfabrication béton exposent les équipes à de nombreux risques pour la santé et la sécurité. Ce quésako fait le point sur les principaux enjeux de la filière, à la lumière des chiffres de l'enquête sinistralité menée par la FIB sur les données de la CNAM. Il rappelle les solutions et outils que la fédération et le CERIB mettent à la disposition des adhérents pour prévenir ces risques et améliorer les conditions de travail.

Accidents du travail : une fréquence en baisse mais une gravité stable

Chaque année la CNAM compile les informations disponibles sur la sinistralité AT-MP du régime générale de la sécurité sociale. Ces données statistiques permettent à chaque filière de suivre leur évolution dans le temps. La FIB s’appuie sur les informations du code risque 266AA (fabrication de produits en béton) pour orienter ses adhérents vers des solutions de prévention les plus appropriées.

Deux indicateurs structurent les données de sinistralité. Le premier porte sur la fréquence des accidents du travail et la tendance est clairement à la baisse depuis vingt ans. Cet indicateur (Taux de Fréquence) a été divisé par deux pour l'industrie du béton, passant de 66 en 2004 à 28,6 en 2024. Mais il reste presque deux fois supérieur au taux national tous secteurs confondus, qui est passé de 26 à 16 sur la même période.


Le second indicateur mesure la gravité des accidents, en fonction du nombre de jours d'arrêt. Le Taux de Gravité stagne dans le temps, autour de 3 pour l'industrie du béton contre 1,6 pour la moyenne nationale. Autrement dit : le nombre d’accident diminue, mais ceux qui surviennent restent aussi graves. La préfabrication béton demeure un secteur aux métiers exigeants physiquement, où la vigilance reste de mise.

Pour compléter ces informations, et surtout pour avoir des données plus actuelles, la FIB a lancé en 2025 une enquête sur la sinistralité auprès de ses adhérents.


Manutentions manuelles et chutes : les principales causes d’accidents du travail

Ces statistiques de sinistralité permettent de qualifier la nature des accidents. Les manutentions manuelles arrivent très largement en tête car elles sont à l'origine de 54 % des accidents du travail. Viennent ensuite les chutes de plain-pied (13 %), l'utilisation d’outillage à main (12 %), les chutes de hauteur (10 %), les machines (5 %) et d'autres causes diverses (6 %).

Derrière ces chiffres, des circonstances qui reviennent régulièrement d'une enquête à l'autre : la coactivité et les interventions à plusieurs opérateurs, les coupures, chocs, coincements et écrasements de mains lors d'opérations de production ou de maintenance, les chutes de charges en cours de manutention, les maux de dos liés aux manutentions manuelles répétées ou encore les chutes de plein pied et de hauteur lors de déplacements dans l’atelier, sur le parc ou aux abords des moules de fabrication. Autant de situations ancrées dans le quotidien des ateliers, qui appellent des réponses concrètes.


Les troubles musculosquelettiques, première maladie professionnelle

Au-delà des accidents, l'enquête aborde également les maladies professionnelles. Les troubles musculosquelettiques (TMS), liés aux manutentions manuelles et aux postures contraignantes, restent de loin les plus fréquents. Continuer à former les opérateurs aux bons gestes et aux bonnes postures reste essentiel, mais il faut aussi,, lorsque cela est possible, repenser les postes de travail. Car c’est le travail qui doit s’adapter à l’homme et non l’inverse !

Sur ce terrain, une piste est actuellement à l'étude : l’utilisation des exosquelettes pour réduire les contraintes physiques des opérateurs. Une expérimentation est en cours dans plusieurs usines et les premiers résultats seront communiqués dans le courant de l’automne 2026.


La circulation engins-piétons, un risque à ne pas sous-estimer

Autre risque présent dans la grande majorité des entreprises, et récemment à l'origine d'au moins un accident mortel dans la filière : la circulation entre engins et piétons, sur les parcs comme dans les ateliers. Un risque qui renvoie directement à l'organisation des flux internes. Pour le limiter, les entreprises doivent mettre en place des plans de circulation clairs, définissant les zones dédiées aux véhicules, celles réservées aux piétons, et travailler sur les points de croisement possibles. Ces zones peuvent être matérialisées par un marquage au sol, des barrières physiques ou des signalisations lumineuses installées sur les engins, par exemple, pour prévenir leurs déplacements.

Prévenir les risques grâce à la sensibilisation des équipes

Un fil conducteur ressort de l'ensemble de ces risques : la nécessité de sensibiliser en continu les opérateurs aux comportements à risque. Cela passe par une analyse des risques permanente sur le terrain, et par l'adoption systématique des bons réflexes : respect des consignes et procédures, refus des prises de risque, vigilance face aux situations dégradées. C'est précisément le besoin exprimé par les entreprises ayant participé à l'enquête de la FIB, qui demandent davantage de supports de communication et d'échanges de bonnes pratiques entre pairs. Les répondants ont également fait remonter d'autres sujets de préoccupation : les risques psychosociaux, la santé mentale et la gestion des addictions, ainsi que l'apport de la digitalisation et des nouvelles technologies au service de la prévention.

Les outils FIB-CERIB pour prévenir les risques professionnels

Pour répondre à ces attentes, la FIB et le CERIB mettent à disposition des adhérents une boîte à outils regroupant de nombreuses ressources.

Le calendrier HSE propose chaque mois une thématique dédiée pour alimenter les points sécurité des équipes, sur la base du volontariat, avec des quiz et des questions concrètes sur chaque thématique. Une plateforme d’accueil sécurité en ligne permet de sensibiliser les opérateurs, en particulier les nouveaux arrivants, à la sécurité et aux risques du métier, à travers des modules combinant témoignages, quiz et un questionnaire final pour valider les acquis. Le site extranet du CERIB héberge par ailleurs une bibliothèque de trames de documents et de fiches pratiques, conçues pour faire gagner du temps aux entreprises et leur fournir des outils clés en main permettant de répondre à la réglementation. Enfin, la série de vidéos « La sécurité est l'affaire de tous », disponible sur ce lien la chaîne YouTube du CERIB, illustre les bonnes pratiques sur différentes thématiques, à travers des situations de travail concrètes.


De nouveaux outils sont en préparation : des affiches et des planches de « chasse aux risques » seront prochainement mises à disposition des entreprises pour créer du dialogue avec les équipes et rappeler les bons gestes à partir de visuels clairs et marquants. Enfin, un guide sectoriel de l'ADEME dédié à la préfabrication béton et consacré à l'adaptation au changement climatique est en cours de préparation. Ce guide abordera les enjeux et bonnes pratiques à adopter face aux risques environnementaux, à la pénurie d'eau et aux fortes chaleurs en atelier.

En résumé

La sinistralité de la filière de la préfabrication béton diminue sur le long terme, mais reste supérieure à la moyenne nationale, avec des accidents toujours aussi graves lorsqu'ils surviennent. Manutentions manuelles, chutes, circulation engins-piétons, utilisation de machines, d’outillage à main et TMS restent les priorités d'action. Face à ces risques bien identifiés, la FIB et le CERIB proposent des outils concrets et directement mobilisables par les entreprises : calendrier HSE, LMS d'accueil sécurité, bibliothèque de documents, vidéos pédagogiques, et bientôt de nouveaux supports de sensibilisation. Autant de leviers à disposition des adhérents pour agir sur le terrain.