Entretien avec Juliette Auvray, Directrice nationale Economie Circulaire chez Agyre
Nous avons rencontré Juliette Auvray, architecte de formation, ancienne ingénieure en économie circulaire au CERIB, aujourd’hui Directrice nationale Economie Circulaire chez Agyre. Cette experte de la circularité dans le secteur de la construction nous en apprend davantage sur Agyre, bureau d’études spécialisé dans l’accompagnement des industriels et de l’ensemble des acteurs de la filière du BTP souhaitant engager des projets dans une démarche d’économie circulaire. Un échange inspirant au service des adhérents de la FIB.
La FIB : Qu’est-ce qu’Agyre et à quoi cela sert ?
Juliette : Agyre est un bureau d’études qui participe au rayonnement de l'économie circulaire auprès de l’ensemble des acteurs de la construction. Il vise à accélérer les processus techniques de déploiement de l'économie circulaire au sein des projets. Nos équipes accompagnent sur le terrain des porteurs de projet souhaitant mettre en œuvre des solutions de préservation des ressources, de réduction de l’impact carbone et de décarbonation, ou des produits contribuant à la circularité. Notre offre de services repose sur trois piliers :
- La formation : nous proposons des formations dédiées aux enjeux et aux pratiques de l’économie circulaire dans la construction. Découverte de l’économie circulaire, intégration de l’économie circulaire dans les CCTP, tri sur chantier, eau, réglementation etc. Nous sommes certifiés Qualiopi pour nos actions de formation.
- L’opération : nous proposons des missions d'Assistance à Maîtrise d'Ouvrage (AMO) pour accompagner les porteurs de projets souhaitant intégrer l’économie circulaire dès la phase de conception et jusqu'à la livraison de l'ouvrage. Nous réalisons également des diagnostics Produits, Equipements, Matériaux, Déchets (PEMD), diagnostic désormais obligatoire pour toutes les opérations de déconstruction ou de réhabilitation de plus de 1000m². Cet outil est un premier pas qu’on peut qualifier de « simple » vers l’économie circulaire. Ce dernier permet d’identifier les gisements et matériaux présentant un fort potentiel de réemploi, de réutilisation ou de recyclage et donc de construire des stratégies circulaires dès la phase de curage du bâtiment. Enfin, nous proposons également des audits industriels ou encore des accompagnements à l’élaboration d’une stratégie d’économie circulaire visant à une évolution systémique des pratiques.
- L’innovation : nous accompagnons le développement de différents projets innovants sur les territoires, comme la structuration de filières industrielles au moyen, par exemple, d’études de faisabilité (étude du foncier, du modèle économique, du modèle industriel) : plateforme de réemploi, de recyclage...
L’économie circulaire repose sur sept piliers selon l’ADEME à savoir, l’approvisionnement durable, l’éco-conception, l’écologie industrielle, l’économie de la fonctionnalité, la consommation responsable, l’allongement de la durée d’usage et le recyclage (voir l’article Quésako sur l’économie circulaire). Chez Agyre vous en comptez neuf. Qu’avez-vous rajouté ?
C’est le cœur de la singularité d’Agyre. Aux sept piliers existants nous avons ajouté la construction numérique, qu’on peut appeler également la data, et l’Économie Sociale et Solidaire (ESS). Le rôle de la construction numérique, de la data et de la collecte de données, est de massifier l’économie circulaire. À ce titre, nous avons notamment développé un outil de matchmaking capable de lier l’offre et la demande auprès d’acteurs multilatéraux : professionnels de la construction, collectivités, artisans… L’objectif étant de booster et d’accélérer les pratiques d’économie circulaire au moyen d’un guichet unique, d’une plateforme « one stop shop ».
Le second pilier que nous avons ajouté est l'Économie Sociale et Solidaire (ESS). L’ESS est indissociable de l’économie circulaire tant ces domaines sont historiquement liés. La notion de territoire est centrale dans une démarche d’économie circulaire puisqu’elle nécessite la coopération entre acteurs à une échelle locale. Des acteurs engagés sur un territoire, pour un territoire, s’appuyant sur des ressources locales et répondant à une demande, un besoin local(e). C’est le propre des structures d’ESS et ce faisant, elles sont donc incontournables. En ce sens, nous impliquons régulièrement, et au maximum, des associations ou des maisons de l'insertion dans des missions très concrètes de maintenance, manutention, logistique, reconditionnement, de curage ou de réemploi.
Quelles sont vos relations avec la FIB et comment travaillez-vous ensemble ?
En tant que filiale thématique du CERIB, Agyre fonctionne naturellement au plus près des besoins environnementaux portés par la FIB et ses adhérents. Sur le plan opérationnel, nous travaillons actuellement avec la fédération sur un important projet concernant les CCTP type, les cahiers des clauses techniques particulières. Chez Agyre, notre rôle est de rédiger la description technique et opérationnelle de ces produits sur les angles d’économie circulaire (décarbonés ou bas carbone par exemple). Ces CCTP sont de précieux outils de prescription très attendus par les industriels du secteur, car aujourd’hui trop peu de produits préfabriqués sont valorisés dans les cahiers des charges des maîtrises d’ouvrage.
Il nous arrive également de travailler conjointement avec la FIB pour permettre la réalisation de projets d’envergure en mutualisant nos compétences. Agyre apporte son expertise opérationnelle à un projet et la FIB, de son côté, mobilise des industriels autour du projet pour les inciter à proposer leurs meilleures offres, et en particulier leur gamme de solutions innovantes. Elle permet ainsi la réussite d’une maîtrise d'ouvrage en économie circulaire avec des produits de préfabrication béton. Nous sommes complémentaires et tout le monde y trouve son compte.
Quand on parle d’économie circulaire, on pense souvent aux déchets, mais il n’y a pas que cela…
Tout à fait, beaucoup d’industriels font de l’économie circulaire à différents niveaux de leur chaîne de valeur sans le savoir ! Certains font par exemple de l’éco-conception en optimisant le dimensionnement de certains produits pour utiliser moins de matières premières et ainsi économiser les ressources. D’autres optent pour de l'approvisionnement durable par exemple en choisissant des fournisseurs locaux. Ils réduisent ainsi l’impact carbone du transport. J’ajouterais deux leviers qui vont peu à peu prendre de l’ampleur. La question de la démontabilité et de la recyclabilité des produits en fin de vie afin de faciliter la valorisation et le réemploi des matériaux. Un levier qui s’anticipe dès la phase de conception, tout comme celui de la traçabilité des produits. Mieux on connaîtra leur provenance et la façon dont ils ont été conçus, mieux ils pourront être revalorisés, réemployés ou recyclés quand ils seront démontés dans dix, vingt ou cinquante ans. Parler d’économie circulaire revient à penser l’optimisation du produit tout au long de son cycle de vie.
Diriez-vous que le secteur de la préfabrication béton a pris le virage de l’économie circulaire ?
Quand on parle béton, les gens pensent souvent ciment, clinker et carbone. Or la préfabrication béton est par nature orientée économie circulaire. Les industriels cherchent toujours à optimiser leurs process, ce qui a pour effet de préserver les ressources, l’impact carbone, l’énergie consommée, etc. De plus, le secteur génère peu de déchets en phase chantier car l’industriel produit selon les besoins du client. Donc oui, la préfabrication béton est bien ancrée dans l’économie circulaire.
Que souhaitez-vous partager avec les adhérents de la FIB ?
Que nous pourrions travailler bien davantage ensemble ! Nous connaissons par cœur les métiers des préfabricants et leurs problématiques. Les acteurs de la construction et de la maîtrise d’ouvrage sont de plus en plus attentifs à ces sujets d’économie circulaire. Il y a un vrai intérêt pour eux de se saisir de ces sujets et de communiquer sur leurs actions. Agyre peut les accompagner aussi bien en formation, lors d’audits ou dans le déploiement de plans d’action pour aller encore plus loin dans la démarche.


